lundi 8 mars 2010

La légende de la nuit de la Saint-Jean

Cathédrale - Strasbourg (67)



La légende :


La dernière pierre de l'admirable flèche de la cathédrale fut scellée le jour de la Saint-Jean de
l'année 1439. Une statue de la Vierge couronna l'édifice.

Pendant des siècles, la grande oeuvre avait été poursuivie sans relâche. L'une après l'autre, les générations avaient fourni le travail et les subsides. Chacun croyait racheter ses péchés et gagner le salut éternel en contribuant à l'érection du monument consacré à la gloire du Dieu des chrétiens.
Toute une série d'architectes en avaient tracé, modifié, exécuté les plans. Une foule de sculpteurs, de verriers, de peintres avaient contribué à ornementer ses niches, ses ogives et ses voûtes. Ils sont morts sans avoir vu l'achèvement de leur œuvre, et au fond des caveaux, dans leurs cercueils de pierre, ils dorment du sommeil éternel.

Cependant, chaque année, il est une heure pendant laquelle ils reprennent vie pour voir et admirer le monument.

Les ouvriers au travail

Quand, le jour de la Saint-Jean, sonne l'heure de minuit, une rumeur étrange emplit l'édifice
antique. Les tombeaux s'ouvrent. Les trépassés se lèvent et s'agitent. Ils s'assemblent sous les voûtes sombres de la nef. Voici les chefs des vieilles maîtrises, avec les attributs de leur métier et recouverts des vêtements de leur temps. Le cortège se forme et les fantômes parcourent les couloirs et les chapelles, montent les escaliers en spirale, escaladent les tourelles taillées à jour, et chacun reconnaît les lieux où il a laissé l'empreinte de ses efforts
et de son génie.

Parmi toutes ces formes fantastiques, brille d'un éclat particulier une figure éthérée. C'est une
femme vêtue d'une tunique blanche, qui tient un ciseau, et en elle, les spectres reconnaissent Sabine. La fille d'Erwin plane au-dessus de la multitude des revenants, doucement éclairée par les rayons de la lune.

L'antique cathédrale est remplie d'une mêlée indescriptible aux flottements ondoyants. Ces êtres vaporeux affectent les allures de la vie tout en ayant les apparences de la mort...

Mais l'heure sonne à la tour, et aussitôt tout disparait. Les fantômes se sont évanouis et le
silence règne dans le temple immense !




Les variantes :

Dans la version de Gabriel Gravier, il existe une infime variation portant sur la femme vêtue de blanc. Ici, le nom de Sabine n’est pas mentionné, c’est une vierge qui l’a remplace, portant toutefois les mêmes signes de reconnaissance, puisque portant un marteau et un ciseau. Point de doute qu’il s’agit donc du même personnage.




Une version trouvée sur Internet et donc j’ignore l’origine, ajoute que cette fameuse nuit, l’ensemble des statues prend vie afin de louer la Vierge. Notons ici, que ce n’est pas une vierge, mais bien la Vierge qui, tenant les outils des tailleurs de pierre, va tourbillonner au dessus de la cathédrale.





La réalité :

Le symbolisme de la Saint-Jean :

Avant de se lancer dans le symbolisme, il faut commencer par savoir de quelle Saint-Jean on parle. S’agit-il du jour de la célébration de Jean, le 27 décembre, ou de Jean le Baptiste le 24 juin ? Aucun texte n’est pleinement explicite sur ce point, et je prendrai donc le parti du 24 juin qui à une valeur symbolique évidente.

Comme souvent pour beaucoup de fêtes, il existe un préalable. La Saint-Jean va remplacer Litha, une fête païenne. On y célèbre autour de grands feux, la renaissance et la fertilité. Le fait va se perpétuer malgré la christianisation, puis grâce à elle, quand l’église va reprendre à son compte ce qu’elle ne put étouffer.



Il faut dire que la symbolique est importante et qu’en plus de marquer (il y a un léger décalage avec la nuit de la Saint-Jean) le solstice d’été, la nuit de Litha avait pour fonction de bénir les moissons. Il était donc évident que dans un monde rurale, la suppression de l’événement était délicate.

La date de la Saint-Jean comme théâtre de notre légende est donc parfaitement logique : nous assistons à la renaissance des artisans de la cathédrale.

Notons également que, comme le signale la société française de mythologie, la nuit de la Saint-Jean est, avec Noël, un des moments où nombre de pierres bougent pour libérer des trésors.

Jules Breton



A la recherche de la reine de la fête :

Sabine, c’est Sabine dite « de Steinbach », une sculptrice du XIIème siècle dont la légende et la réputation est fameuse, mais dont en fait on ne sait rien.

La légende en fait la fille du fameux architecte, Erwin de Steinbach, il n’en est en fait rien, et comme nous l’avons déjà vu avec la légende du pilier des anges, le patronyme « de Steinbach » ne repose sur rien, et de plus les dates ne correspondent pas. Cela n’empêche pas de voir, encore maintenant, une filiation entre ces deux génies.

Sabine "de Steinbach"


On connaît son existence par la mention « Sabina » sur l’une des statues des portes sud de la cathédrale. Il s’agit celle de Saint-Jean qui porte un parchemin indiquant : « Merci à la grande piété de cette femme, Sabina, qui me donna forme dans cette pierre dure. »

Est-ce une coïncidence que Sabine soit de fait la reine de la nuit, où est-ce à cause de cette statue particulière ? Toutefois qu’il s’agit là de Saint Jean l’apôtre et non du baptiste.






Plan :

Voici le plan pour vous rendre à la cathédrale de Strasbourg. Il vous sera difficile de la rater :p


Les légendes thématiquement proches :




Les légendes géographiquement proches :




Bibliographie :


Souvenirs d’Alsace : Chasse – Pêche _ Industries – Légendes. Maurice Engelhard. Pages 266-267. 1890

Légendes d’Alsace – Tome IV. GRAVIER Gabriel. Pages 128-129

La nuit de la Saint-Jean à la Cathédrale. JUILLOT Pierre. Fragments Occultes.
http://chrysopee.net/Nephilim/index.php?rub=0&art=Affiche_Fiche&ID=29&PHPSESSID=ce51b8463f2557021792abc19a05c788

La Saint-Jean d’été. Société de Mythologie Française. http://www.mythofrancaise.asso.fr/mythes/themes/St-Jean.htm

Sabina von Steinbach. Wikipédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Sabina_Von_Steinbach

Fête de la Saint-Jean. Wikipédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_de_la_Saint-Jean

Cathédrale de Strasbourg. Wikipédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_de_la_Saint-Jean

4 commentaires:

Armée des ombres a dit…

La cathédrale de Strasbourg est vraiment un édifice magnifique. Mais il n'y a rien à faire, à chaque fois que je la regarde, j'ai toujours le sentiment qu'il lui manque sa 2ème tour. En tout cas, j'ai toujours autant de plaisir à lire vos légendes ainsi qu'admirer vos photos prisent sur site. Celle avec la rosace est très jolie, vous l'avez prise avec un trépied?
Une petite question. Avez-vous visité la tour, où de nombreuses inscriptions, très anciennes pour certaines, ornent ses murs.
Bonne journée.
A.D.O.

Therion a dit…

C'est vrai que la cathédrale de Strasbourg est vraiment superbe. Je n'ai pas encore eu l'occasion de visiter la tour, mais je me programmerai ça pour une prochaine visite de la magique Strasbourg. Ce sont des inscriptions laissés par les ouvriers de la cathédrale ?
Pour la photo de la rosace, je n'ai pas de trépied. En général j'utilise le retardateur de l'appareil pour limiter le risque de mouvements. Ça marche parfois et permet de compenser un peu la faiblesse de mon capteur.

Armée des ombres a dit…

Concernant ces inscriptions :
Je vais vous envoyer par mail, une photo que j'ai prise il y a deux ans. Ce sera mieux qu'un long discours.

Déef a dit…

Toujours le même plaisir à visiter votre Blog. Merci.