dimanche 11 avril 2010

Quelques nouvelles du blog

« Entre légende et réalité » est très heureux de vous annoncer la naissance du « Sentier des légendes ». Le bébé se porte bien et va grandir rapidement avec moult nouvelles possibilités. Cet accouchement explique en partie (en partie seulement) le peu de nouvelles sur le blog. Maintenant que la base est faite, l’évolution se fera en douceur selon mes disponibilités. Je pense que j’aurai donc un peu plus de temps à consacrer au blog.




Le sentier vous fera parcourir les recoins de la France (et au-delà) afin de découvrir les contes et légendes qui se cachent au détour des chemins. J’ai pas mal d’idées pour l’évolution de ce site… mais ça vous le découvrirez au fur et à mesure que le site va grandir et grossir. La première grosse mise à jour portera sur la mise en place d’un espace membre afin de pouvoir constituer la base d’une structure plus communautaire.




Je tiens toutefois à vous signaler, que le sentier est encore en version béta et que pour l’instant peu de légendes sont disponibles… Toutefois pas moins de 200 légendes attendent d’être publiées.



L’autre nouvelle du front, c’est le référencement des légendes lorraines du blog par le site Mylorraine.fr. Si vous n’avez pas encore pris le temps de lire toutes légendes de la région, vous pourrez le faire à un rythme régulier sur le site. Merci à eux pour la mise en avant bimensuelle.


lundi 8 mars 2010

La légende de la nuit de la Saint-Jean

Cathédrale - Strasbourg (67)



La légende :


La dernière pierre de l'admirable flèche de la cathédrale fut scellée le jour de la Saint-Jean de
l'année 1439. Une statue de la Vierge couronna l'édifice.

Pendant des siècles, la grande oeuvre avait été poursuivie sans relâche. L'une après l'autre, les générations avaient fourni le travail et les subsides. Chacun croyait racheter ses péchés et gagner le salut éternel en contribuant à l'érection du monument consacré à la gloire du Dieu des chrétiens.
Toute une série d'architectes en avaient tracé, modifié, exécuté les plans. Une foule de sculpteurs, de verriers, de peintres avaient contribué à ornementer ses niches, ses ogives et ses voûtes. Ils sont morts sans avoir vu l'achèvement de leur œuvre, et au fond des caveaux, dans leurs cercueils de pierre, ils dorment du sommeil éternel.

Cependant, chaque année, il est une heure pendant laquelle ils reprennent vie pour voir et admirer le monument.

Les ouvriers au travail

Quand, le jour de la Saint-Jean, sonne l'heure de minuit, une rumeur étrange emplit l'édifice
antique. Les tombeaux s'ouvrent. Les trépassés se lèvent et s'agitent. Ils s'assemblent sous les voûtes sombres de la nef. Voici les chefs des vieilles maîtrises, avec les attributs de leur métier et recouverts des vêtements de leur temps. Le cortège se forme et les fantômes parcourent les couloirs et les chapelles, montent les escaliers en spirale, escaladent les tourelles taillées à jour, et chacun reconnaît les lieux où il a laissé l'empreinte de ses efforts
et de son génie.

Parmi toutes ces formes fantastiques, brille d'un éclat particulier une figure éthérée. C'est une
femme vêtue d'une tunique blanche, qui tient un ciseau, et en elle, les spectres reconnaissent Sabine. La fille d'Erwin plane au-dessus de la multitude des revenants, doucement éclairée par les rayons de la lune.

L'antique cathédrale est remplie d'une mêlée indescriptible aux flottements ondoyants. Ces êtres vaporeux affectent les allures de la vie tout en ayant les apparences de la mort...

Mais l'heure sonne à la tour, et aussitôt tout disparait. Les fantômes se sont évanouis et le
silence règne dans le temple immense !




Les variantes :

Dans la version de Gabriel Gravier, il existe une infime variation portant sur la femme vêtue de blanc. Ici, le nom de Sabine n’est pas mentionné, c’est une vierge qui l’a remplace, portant toutefois les mêmes signes de reconnaissance, puisque portant un marteau et un ciseau. Point de doute qu’il s’agit donc du même personnage.




Une version trouvée sur Internet et donc j’ignore l’origine, ajoute que cette fameuse nuit, l’ensemble des statues prend vie afin de louer la Vierge. Notons ici, que ce n’est pas une vierge, mais bien la Vierge qui, tenant les outils des tailleurs de pierre, va tourbillonner au dessus de la cathédrale.





La réalité :

Le symbolisme de la Saint-Jean :

Avant de se lancer dans le symbolisme, il faut commencer par savoir de quelle Saint-Jean on parle. S’agit-il du jour de la célébration de Jean, le 27 décembre, ou de Jean le Baptiste le 24 juin ? Aucun texte n’est pleinement explicite sur ce point, et je prendrai donc le parti du 24 juin qui à une valeur symbolique évidente.

Comme souvent pour beaucoup de fêtes, il existe un préalable. La Saint-Jean va remplacer Litha, une fête païenne. On y célèbre autour de grands feux, la renaissance et la fertilité. Le fait va se perpétuer malgré la christianisation, puis grâce à elle, quand l’église va reprendre à son compte ce qu’elle ne put étouffer.



Il faut dire que la symbolique est importante et qu’en plus de marquer (il y a un léger décalage avec la nuit de la Saint-Jean) le solstice d’été, la nuit de Litha avait pour fonction de bénir les moissons. Il était donc évident que dans un monde rurale, la suppression de l’événement était délicate.

La date de la Saint-Jean comme théâtre de notre légende est donc parfaitement logique : nous assistons à la renaissance des artisans de la cathédrale.

Notons également que, comme le signale la société française de mythologie, la nuit de la Saint-Jean est, avec Noël, un des moments où nombre de pierres bougent pour libérer des trésors.

Jules Breton



A la recherche de la reine de la fête :

Sabine, c’est Sabine dite « de Steinbach », une sculptrice du XIIème siècle dont la légende et la réputation est fameuse, mais dont en fait on ne sait rien.

La légende en fait la fille du fameux architecte, Erwin de Steinbach, il n’en est en fait rien, et comme nous l’avons déjà vu avec la légende du pilier des anges, le patronyme « de Steinbach » ne repose sur rien, et de plus les dates ne correspondent pas. Cela n’empêche pas de voir, encore maintenant, une filiation entre ces deux génies.

Sabine "de Steinbach"


On connaît son existence par la mention « Sabina » sur l’une des statues des portes sud de la cathédrale. Il s’agit celle de Saint-Jean qui porte un parchemin indiquant : « Merci à la grande piété de cette femme, Sabina, qui me donna forme dans cette pierre dure. »

Est-ce une coïncidence que Sabine soit de fait la reine de la nuit, où est-ce à cause de cette statue particulière ? Toutefois qu’il s’agit là de Saint Jean l’apôtre et non du baptiste.






Plan :

Voici le plan pour vous rendre à la cathédrale de Strasbourg. Il vous sera difficile de la rater :p


Les légendes thématiquement proches :




Les légendes géographiquement proches :




Bibliographie :


Souvenirs d’Alsace : Chasse – Pêche _ Industries – Légendes. Maurice Engelhard. Pages 266-267. 1890

Légendes d’Alsace – Tome IV. GRAVIER Gabriel. Pages 128-129

La nuit de la Saint-Jean à la Cathédrale. JUILLOT Pierre. Fragments Occultes.
http://chrysopee.net/Nephilim/index.php?rub=0&art=Affiche_Fiche&ID=29&PHPSESSID=ce51b8463f2557021792abc19a05c788

La Saint-Jean d’été. Société de Mythologie Française. http://www.mythofrancaise.asso.fr/mythes/themes/St-Jean.htm

Sabina von Steinbach. Wikipédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Sabina_Von_Steinbach

Fête de la Saint-Jean. Wikipédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_de_la_Saint-Jean

Cathédrale de Strasbourg. Wikipédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_de_la_Saint-Jean

dimanche 7 février 2010

La légende de la fontaine des Génivaux


Font de Génivaux (Vigy -57)


La légende que je vous retranscris ici, est née sous la plume du Dr Westphalen.


La légende :


Dans le bon vieux temps, du temps des causeries faites entre femmes, près de l’âtre du feu, une demi-douzaine de filles de Vigy étaient en train de filer. On racontait des contes de revenants à faire dresser les cheveux sur la tête.

La grande Marie ne voulait rien croire ; c’était une gaillarde. Mais ne voilà-t-il pas que ses compagnes lui promettent une belle jupe de calamante si elle avait le courage, la nuitée suivante, à minuit, d’aller au fond de Génivaux, au milieu des bois de Vigy et de crier : « Ho ! Ho ! Au fond de Génivaux, j’y suis ! ».

En route vers Génivaux


La Grande Marie accepte la proposition, et le lendemain les voila toutes en route vers les onze heures de la nuit, par un beau clair de lune. Arrivées en haut des vignes, elles ont fait halte, et la Grande Marie, après avoir fait le signe de croix s’en va toute seule au fond de Génivaux. Au bout d’une demi-heure d’attente, elles ont entendu crier : Oh ! Oh ! Au fond de Génivaux, j’y suis ! ». Mais tout de suite après, une autre voix a répondu : « Oui, sans l’eau et le sel, tu n’y était plus. »

Les filles du haut des vignes sont rentrées à Vigy en courant toutes tremblantes. La Grande Marie, une heure après, avait gagné la jupe de calamante ; mais elle a juré qu’elle n’y retournerait plus !





La réalité :




Voici une légende populaire qui s’est bien disséminée. Vous pourrez trouver des textes semblables dans différentes régions, de préférence dans un endroit un peu isolé mais proche d’un village. La trame est en général très similaire, seuls changent les détails tel que les objets protégeant contre le Diable. Nous verrons toutefois à l’occasion, du coté de La Bresse dans les Vosges, une alternative intéressante à cette histoire.





Le fond(/t) de Génivaux et sa fontaine.



Le fond de Génivaux est le lit relativement profond d’un ru dans un sillon lui-même assez encaissé. Le tout donne un endroit assez particulier qui put faire travailler l’imaginaire, surtout à la nuit tombée, sous les ombres vacillantes dues aux flammes. En haut de la pente se trouve la fontaine des Génivaux qu’il ne faut pas comprendre dans le sens urbain du terme. Il ne s’agit en fait que d’une source au pied d’un arbre. En bas, le ru se jette dans la Canner.



Le haut du fond de Génivaux



L’eau et le sel, des symboles de la chrétienté.

La référence à la chrétienté est plus qu’évidente dans la liste des objets permettant de se prémunir contre le Diable. Car sans ces objets, point de salut.

L’eau rappelle bien sûr le baptême et par extension, l’eau bénite connue dans le monde des légendes pour éloigner voire faire fuir le Diable. Son effet semble bien plus puissant que la citronnelle sur les moustiques tant les traditions populaires usent de ce moyen de défense. Mais l’eau n’est bien sûr pas uniquement symbolique dans cette tradition, et finalement la plupart des religions (si ce n’est toutes) font de cet élément, un objet de culte capable de purification.

Le sel quant à lui peut rappeler plusieurs choses. Tout comme l’eau, le sel fut un des éléments du baptême jusqu’en 1947. On apposait du sel bénit sur la bouche de l’enfant. Le sel est aussi un symbole biblique du discernement.

Il est parfois possible de trouver un troisième élément remplaçant un des deux premiers, à savoir le pain. Là encore, c’est un symbole chrétien évident. Nouvel objet bénit par le prêtre, mais cette fois nous quittons le baptême pour la communion.




Une métaphore pour les jeunes filles ?

Une analyse toute subjective de ce texte, me fait voir une métaphore à destination des jeunes filles. Si on lit le texte un peu différemment on peut se dire que l’intrusion dans le domaine du Diable correspond aux tentations qui jalonnent la vie du croyant. Ici, Marie « tente le Diable » pour une jupe, poussée d’ailleurs par les « bons » conseils de ses amis.

« Heureusement » pour elle, l’église la protège contre la damnation. Car malgré le risque pris, son baptême, représenté par l’eau et le sel, mettra en fuite le Diable. Autant dans certaines localisations de cette légende les symboles sont présents physiquement dans les poches, autant ici rien n’est précisé, et le Diable parle peut être seulement du baptême qui protège la jeune fille.

La légende peut aussi être tout simplement la trace d’une pratique adolescente visant à se faire peur. La légende serait alors uniquement la scénarisation d’un « rite ».

Je pense toutefois que l’on est entre les deux hypothèses.





Plan :

Voici le plan pour vous rendre au fond de Génivaux. Une des solutions consiste à gagner la Canner puis la longer pour ensuite remonter le long des Génivaux.



Les légendes thématiquement proches :






Les légendes géographiquement proches :






dimanche 27 décembre 2009

La légende de l'épouse fidèle du Bernstein


Château de Bernstein - Dambach-la-ville (67)




La légende :


La légende raconte qu’au château de Bernstein, perché sur les hauteurs de Dambach, il est possible de voir, à la nuit tombée, un bien étrange attelage. Mais pour en comprendre la raison, il faut que je vous en conte la raison.

Vivaient dans ce château, outre les gens du castel, le seigneur de Bernstein et sa femme. Celui-ci était dans un tourment permanent car il s’était persuadé que son épouse ne lui était pas fidèle. Pour en avoir le cœur net, il mit au point un stratagème. Il fit mine de partir en voyage, mais se cacha dans la forêt pour revenir au pied de la forteresse à la faveur de la nuit. Pour essayer de surprendre sa femme, il dressa une échelle qu’il avait préparé sous la fenêtre de celle-ci et commença son ascension.


Le Bernstein vu de la cour du château


Mais les préparatifs ainsi que la montée firent tant de bruits, qu’ils réveillèrent l’épouse endormie. Celle-ci affolée de la perspective de l’attaque d’un brigand donna un grand coup d’épée à l’ombre qui apparut à la fenêtre. Le seigneur de Bernstein, alla s’écraser sans vie en contrebas des hauts murs.


Les fenêtres du logis seigneurial vu de l'intérieur


De désespoir, l’épouse ne tarda pas à suivre son mari dans la tombe. Depuis cette triste date, les deux époux passent encore et toujours, lors des nuits calmes, devant le théâtre de leur malheur. Et c’est suivi par une meute de chiens hurlants que leur carrosse de cristal parcours l’ancienne voie romaine.


Le château depuis l'ancienne voie romaine. Mais pas de traces de carrosse dans la neige.



La réalité :


Le Bernstein, une histoire d’ours ?

Nous sommes au château de Bernstein dont l’origine du nom aurait très certainement trait aux ours. Le nom ancien de Bärenstein (Bär : l’ours et Stein : la roche) correspondrait à celui de Rocher aux ours. Il faut rappeler qu’il fut une époque où les ours vivaient dans la région. D’ailleurs bien des légendes nous le rappellent, comme par exemple celle de Sainte Richarde, toute proche.
On voyait d’ailleurs sur la fenêtre principale du château, la gravure d’un ours. Malheureusement cette gravure fut détruite.

Une seconde hypothèse plus savante nous conte que le nom pourrait venir du nom du fondateur qui pourrait être Béron ou Boron qui vivait au 9ème siècle. Reste que la version du plantigrade est plus poétique.




Les fascinantes fenêtres du Bernstein.

Le premier élément que l’on remarque en approchant du château par les hauteurs c'est l'étonnante série de fenêtres. A priori on pencherait pour un ajout tardif, mais des historiens les estiment au environ du 9ème siècle, c'est-à-dire dans la période de construction supposée du plus gros de l’ouvrage. C’est l’utilisation du plein cintre qui trahit l’âge vénérable de ces baies pourtant en si bon état. Toutefois, d’autres sources nous indiquent que le château aurait pu être détruit et reconstruit au 12ème.


Les fenêtres du logis seigneurial (au fond ?) et les corbeaux permettant de poser les poutres de l'étage.


Ces ouvertures correspondent au corps de logis seigneurial, adossé au donjon pentagonal. On en voit de deux sortes, dont des grandes du coté de l'entrée. Il s’agit donc des fenêtres de notre légende. Et à les regarder il aurait été tout à fait possible d’y accéder via une échelle. C’est d’ailleurs ce qui peut surprendre pour un château ayant connu différents sièges.
En contrebas de ces fenêtres se trouve un dénivelé rocheux qui vient provient certainement de l’extraction des pierres qui servirent à ériger le castel.


Quelqu'un voit-il des restes du seigneur sur les rochers ?


Un début de légende qui pourrait être vrai…

Je ne parle bien sûr là que de la première partie du récit. Nous sommes encore confronté à une légende qui pourrait être en fait une histoire vraie. Si je n’ai pas réussi à trouver dans les chroniques, de trace du fait, cela ne veut pas dire qu’il ne se soit pas déroulé.

Toutefois, la mort de la veuve me fait pencher vers le coté légendaire ou au moins vers une« histoire romancée ». Elle est vraiment dans l’esprit des romans de chevalerie ou dans celui du, beaucoup plus tardif, romantisme.
De plus le stratagème du seigneur fait doucement sourire. Surtout qu’il existe une poterne du coté nord, qui aurait permis de rentrer dans le château avec une relative discrétion.
Si vous voulez connaître la liste des différents seigneurs de ce château, je vous renvoie à la bibliographie où vous trouverez des listes plus ou moins exhaustives.




Mais on ne pourra à priori jamais savoir ce qu’il en ait vraiment. Sans compter que l’histoire pourrait découler par exemple de l’un des sièges que connut la forteresse aux grandes fenêtres. Quoi qu’il en soit, la postérité a définitivement classé l’histoire dans la catégorie des légendes.


… mais une fin fantastique.

La fin, elle, ne laisse aucun doute sur l’aspect légendaire. Nous remarquerons que non seulement le mari est puni pour son acte, mais que la dame du château également. La légende se termine à la manière d’une « chasse fantastique », dont le thème est très populaire et que nous avons déjà vu (et que nous reverrons encore). Le couple est condamné a passer et repasser encore sur les lieux de leur péché. La meute de chien ne laisse pas de doute sur la notion de chasse fantastique alors que l’on aurait pu attendre plutôt une histoire de dame blanche. S’agit-il d’une modification de la légende d’origine ou de la confusion avec une seconde ?





Plan :

Voici le plan pour vous rendre au château de Bernstein. Vous pouvez partir de Dammach-la-ville (attention, il existe un autre Dambach) et grimper en passant par la chapelle Saint Sébastien. Mais si vous avez le temps, je vous conseille de faire le tour de la montagne pour admirer les châteaux de Ramstein et de l’Ortenbourg.


Légendes thématiquement proches :




Légendes géographiquement proches :




Bibliographie :


Légendes d’Alsace. Gabriel Gravier. Tome III. Pages 118-119.

Notice sur le Château de Bernstein. Felix de Dartein. Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace. 1857. Pages 29-42

Kastel Elsass : Bernstein : http://kastel.elsass.free.fr/chateaux/bernstein.htm

Château du Berstein. Wikipédia. http://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_du_Bernstein

dimanche 20 décembre 2009

Exposition « Graoully. Histoire d’un monstre urbain »

Musée de la cour d'or - Metz (57)



Dans le cadre de ses expositions temporaires, le musée de la Cour d’or de Metz organise un parcours autour du monstre emblématique de la ville : le Graoully.


Cliquez sur l'affiche de l'exposition pour visiter la page conçue par le musée.


Je consacrerai un article à cette légende emblématique de la cité messine d’ici quelques temps. Sachez juste que le Graoully est un ajout tardif à la légende de Saint-Clément, premier évêque de la ville. Dans cette version, le saint enserre le dragon malfaisant dans son étole pour aller le noyer dans la Seille, une des deux rivières de la ville. Dans sa mouture primitive, il était juste question de serpents, mais comme vous le savez, tout augmente…


Ne pas oublier de sortir le Graoully de temps en temps


Vous pourrez aller frémir devant le Graoully du 9 décembre 2009 au 8 Mars 2010 et assister à différents événements autour de l’exposition durant cette période. Au nombre des animations on compte bien sûr une visite guidée par le commissaire de l’exposition, mais aussi un concert, un spectacle et des contes, une conférence, ou encore des séances de pliage. Le programme complet est bien sûr disponible sur le site du musée.
Attention, la plupart des animations nécessitent une réservation préalable.

Pour l’occasion, le musée a ressorti ses trésors et s’est fait prêter peintures, estampes, sculptures, objets, etc. N’ayant pas encore eu le temps d’y faire un tour, je n’en sais pas beaucoup plus pour l’instant.

A priori, un petit guide est prévu pour le visiteur, présentant la légende, la genèse et le rayonnement du Graoully. Et le rayonnement dure encore, puisque le monstre de légende est un des symboles vivaces de la ville.


Un exemple d'utilisation actuelle : le Graoully est l'emblème de l'équipe de football de Metz.


Évidemment, il faudra en profiter pour visiter ce très très beau musée, dont l'exploration est un véritable voyage dans le temps.


Edition du 07/02/10 : J'ai enfin pris le temps de parcourir l'exposition au musée de la cour d'or. La manifestation se trouve dans la pièce destinée aux expositions temporaires. Il faudra compter environ 30 minutes pour en faire le tour complet. C'est agréable sans être sensationnel. J'aurai apprécié voir le Graoully de la cathédrale ou voir un peu plus d'œuvre.
L'exposition est à voir pour profiter du superbe musée... mais de là à ne venir que pour ça...

lundi 30 novembre 2009

Les légendes des fratricides du Haut-Barr


Châteaux du Haut-Barr et Geroldseck (Grand et Petit) - Saverne (67)



Je vous propose deux légendes du Haut-Barr ayant un thème commun : le fratricide. Les deux furent relevées dans le courant du 19ème siècle. La première légende nous est contée par Auguste Stoeber et la seconde est adaptée d’un texte d’Évariste Thévenin.



La première légende :


Les trois châteaux de Saverne étaient habités par trois frères. L’aîné, seigneur de Haut-Barr, cupide et violent désirait les biens de ses frères. Il résolut de s’en emparer.

Un jour il partit à la chasse avec son cadet ; ses hommes d’armes se saisirent de celui-ci et le mirent au fond d’un puits sans eau. On lui donnait un peu d’eau et de pain moisi comme nourriture. L’épouse du pauvre prisonnier se crut veuve.



Un ancien puits ? On va dire que oui... (Haut-Barr)



Cependant, le frère aîné dut partir pour combattre les infidèles. Son cuisinier se prit de pitié pour le malheureux détenu et, un jour, l’aida à s’évader, profitant de l’absence de son maître. Le soir même, le prisonnier était dans les bras de sa femme ; il était défiguré par les souffrances et le souci.

Le chevalier du Haut-Barr ne tarda pas à rentrer avec ses troupes victorieuses. Il donna le lendemain un banquet où furent invités ses amis et voisins. Au cours du repas, on parla de choses et d’autres et on en vint à parler de fratricide. Son frère, méconnaissable, lui demandant quelle peine on pourrait prononcer contre un fratricide, le seigneur du Haut-Barr répondit : « La mort par l’épée ! »

Le cadet s’écria : « Vous vous êtes jugé vous-même. »

Il tira son épée, et les seigneurs présents, qui étaient au courant, portèrent au félon des coups mortels.



Le château du Grand Geroldseck vu depuis celui du Haut-Barr.



La seconde légende :


Dans le château du Haut-Barr, deux frères se livraient une guerre perpétuelle. Personne n’en sait plus l’origine, peut être était-ce tout simplement parce qu’ils étaient frères.

L’un des deux ne vivait que pour manger, l’autre pour boire. Le gastronome était parvenu à s’emparer du buveur, et le fit enfermer dans une cage suspendue aux créneaux.

Il lui faisait donner des viandes salées tant et tant qu’il n’en pouvait manger, mais en revanche, toute boisson lui était refusée.

Le malheureux prisonnier mourut de soif et de rage.



Mourir de soif, d'accord... mais de rage ? (Grand Geroldseck)



La réalité :


Nous l’avons déjà vu, faire la différence entre une légende et un fait réel n’est pas toujours aisé, voir possible. Car ici, point d’éléments fantastiques nous plongeant à coup sûr dans l’imaginaire. Observons donc quelques éléments de ces légendes. Nous allons ici, nous intéresser principalement à la première légende.



Les châteaux et leurs propriétaires.


Il existe bien trois châteaux très proches les uns des autres. Tout d’abord, le Haut-Barr, lieu de la légende, ainsi que le Grand Geroldseck et le Petit Geroldseck. Les deux châteaux de Geroldseck furent, comme leurs noms l’indiquent, construis par la famille de Geroldseck, et leurs ont donc appartenu pendant un temps.


Mais pour le Haut Barr, c’est plus compliqué. Les plus anciennes traces indiquent qu’il appartient à l’évêque de Strasbourg. Celui-ci va le confier tout d’abord à Merboto de Borre, puis la bâtisse changera des mains selon le bon vouloir de l’évêque. A partir du 13ème siècle, la forteresse épiscopale va même être confiée à plusieurs nobles en même temps, afin d’éviter la main mise d’un seigneur unique. C’est ainsi que par exemple, en 1318, ce sont pas moins de 11 administrateurs qui gèrent le château.





Pénétrons dans le Haut-Barr



En parallèle, les Geroldseck ont la possession du château voisin. A priori, il n’y a pas de guerre larvée entre les deux châteaux. Les Geroldseck soutiennent l’évêché, à tel titre d’ailleurs que par exemple, Henri de Geroldseck sera évêque de Strasbourg en 1263.


A plusieurs moments de l’histoire, le château appartient à plusieurs frères qui gèrent ensemble le fief. Les problèmes de possession vont encore se compliquer quand l’héritage du château ne sera plus entièrement masculin, mais que les femmes pourront également prétendre à leur part.





Le blason des Geroldseck. Manassas. Wikipédia.



Un deuxième château sera construit. Ce sera le Petit Geroldseck qui sera certainement destiné à loger une partie de la famille. Les deux châteaux seront finalement partiellement détruits dans le courant du 15ème après que les Geroldseck soit devenu des chevaliers-brigands.



Le Petit Geroldseck



Quelques éléments de chronologie :


Le Haut-Barr daterait du début 12ème et sera en fonction jusqu’en 1772.

Son plus proche voisin, le Grand Geroldseck aurait également était construit au début 12ème alors que le Petit Geroldseck daterait du 13ème. Comme nous l’avons dit plus haut, les deux châteaux seront détruits en 1471, car les forteresses étaient devenues des repères de brigands.

Il y a donc bien eut cœxistence de toutes ces forteresses.


La première légende nous parle d’un seigneur revenant de croisade. Il est tout à fait possible qu’un des seigneurs gérant le Haut Barr pour l’évêché ou un membre de la famille des Geroldseck soit parti pour la Terre Sainte. Il est même possible qu’il en soit revenu victorieux car les dates pourraient coïncider. Il y a toutefois peu de chance qu’il en soit revenu rapidement. Et dans ce cas on comprend que le pauvre frère de la légende ait eut le temps de bien changer.


Le donjon du Grand Geroldseck



Et alors ?


Et alors ? Mythe ou réalité ? Il n’est évidemment pas possible de trancher, mais l’on peut noter quelques éléments.


Tout d’abord, trois frères ne possédèrent pas les trois châteaux. Le Haut-Barr dépendait de l’évêché de Strasbourg qui le plaça au bout d’un moment aux mains de plusieurs nobles. Les légendes sont peut être là, notamment la seconde, pour rappeler des difficultés de co-gérance entre les différents seigneurs. La légende fait elle état d’un rixe qui aurait pu exister ?


Le puits des deux frères ? (Grand Geroldseck)



Il y eut bien des frères sur la montagne, mais ceux-ci occupèrent les deux autres châteaux et non pas le Haut-Barr. La légende provient elle d’un événement qui se serait dérouler dans la famille Geroldseck ? Elle aurait pu migrer par la suite jusqu’au troisième château. Comme dans toute famille, il peut exister des tensions, notamment quand, comme ce fut le cas, plusieurs frères gèrent ensemble le même fief.



Le Haut-Barr


Dans le texte entourant la seconde légende, Evariste Thévenin, explique que le château qui porte la légende du « mangeur et du buveur » fut détruit et qu’il en est fort heureux. Sauf que le Haut-Barr ne fut pas détruit. Ce sont les deux autres châteaux qui le furent. Il y a certainement confusion parmi les châteaux visités. J’ai toutefois laissé l’emplacement originel, n’ayant pas trouvé d’autres sources de cette légende, mais il y a du coup des chances que la légende porte sur un des Geroldseck, d’autant plus que, comme nous l’avons vu, ce sont ces châteaux qui hébergèrent plusieurs frères.




Le Grand Geroldseck


Mon sentiment est que les deux légendes furent, toutes deux, nées sur le Grand Geroldseck. Tout d'abord parce que c'est là que l'on trouve la cohabitation de plusieurs membres de la famille. Ensuite parce que le Haut-Barr appartenant à l'église, il est peu probable qu'une telle légende ait pu se développer dans le temps de la toute puissance de l'institution. Enfin, parce que les légendes pourraient bien être liées au déclin de la famille, passant de famille puissante à brigands. On peut imaginer, par exemple, que les légendes puissent avoir vu le jour, justement pendant ou après la guerre menée contre eux.

Le temps ou les erreurs les aurait transporté par la suite sur le Haut-Barr, château bien visible depuis Saverne et emblématique de la ville.



Plan :


Voici le plan pour vous rendre au Haut-Barr et au château du Grand Geroldseck. Il y a beaucoup de belles randonnées à faire dans le secteur, notamment en partant depuis le Haut-Barr.


Légendes thématiquement proches :




Légendes géographiquement proches :



Bibliographie :


Le Fratricide. Contes et Légendes d’Alsace. Auguste Stoeber. 163-164.


En Vacance : Alsace - Vosges. Evariste Thévenin. 1865. Pages 156-157. Via Gallica : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102409c.image.r=haut+barr+l%C3%A9gende.f152.langFR.tableDesMatieres


Grand Geroldseck, Petit Geroldseck et Haut-Barr sur Kastel Elsass. http://kastel.elsass.free.fr/index.htm

Ma référence en ligne pour l'histoire des châteaux alsaciens.


Idem sur Wikipédia.